L’architecte wurtembergeois Heinrich Schickhardt


à Montbéliard (1590-1615)

par André Bouvard 

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 Le temps de Schickhardt

 Sa vie en bref

 Les séjours montbéliardais

 Que reste-t-il de son œuvre dans le Pays de Montbéliard ?

 Bibliographie

 

Extrait du site :  Société d'Émulation de Montbéliard

 


 

Le temps de Schickhardt


Au XVIe siècle sous la dynastie allemande des Wurtemberg, Montbéliard fut le théâtre de deux « révolutions ». La première fut l’introduction du luthéranisme, la seconde, la transformation de la capitale médiévale en une cité princière de la Renaissance.

Les premières manifestations de l’art nouveau apparaissent sous le règne du comte Georges avec la construction du corps principal des Halles (1536-1551) et l’utilisation du premier décor italianisant à l’hôtel de Franquemont (1559).

Son successeur, Frédéric de Wurtemberg (1558-1608) est un prince humaniste, ouvert aux nouveautés artistiques. Son accession au trône de Wurtemberg en 1593 lui procure de nouveaux moyens grâce auxquels il engage dans sa ville natale une politique de grands travaux. Montbéliard connaît alors une brusque explosion de la Renaissance sous la direction de l’architecte wurtembergeois Heinrich Schickhardt (Herrenberg 1558, Stuttgart 1635).


Les séjours montbéliardais 

Les sources d’archives et l’Inventar permettent de distinguer cinq séjours :

- 1590 - :
Schickhardt intervient à Clerval, après l’incendie de la ville, à la demande de Frédéric de Wurtemberg, alors comte de Montbéliard.

- 1593 -
Il est signalé à la saline de Saulnot, où d’importants travaux de modernisation sont en cours. Il visite la saline de Salins dans le comté de Bourgogne.

- 1595 - 1598 -
Présent à Montbéliard d’avril à novembre, il dirige de nombreux chantiers au château (machine hydraulique, arsenal, logis des gentilshommes), dans la ville (boulevard du grand pont, papeterie) et dans la principauté (château de Blamont).

- 1600-1608 -:
Schickhardt s’installe à Montbéliard, obtient le droit de bourgeoisie (1603) et surveille les grands travaux d’urbanisme ordonnés par Frédéric de Wurtemberg : aménagement du faubourg de Besançon, construction du collège universitaire, de la citadelle, de l’église luthérienne Saint-Martin. Il ébauche aussi une carte de la principauté et des seigneuries alsaciennes et édifie des moulins (Bavans, Seloncourt, Villars sous Dampjoux), des ponts (Sochaux), reconstruit des églises de fond en combe (Etobon, Blamont) ou partiellement (Saint-Julien), crée l’établissement thermal de Lougres.
Ces grands travaux ne l’empêchent pas d’intervenir également dans le duché de Wurtemberg.

- 1615 -
Schickhardt, accompagne le duc Jean-Frédéric en visite à Montbéliard. L’année suivante, le baumeister achève la carte de Montbéliard.


 L’église luthérienne (ou temple) Saint-Martin. Construite de 1601 à 1607
L’église luthérienne (ou temple) Saint-Martin. Construite de 1601 à 1607

Sa vie en bref

Menuisier de formation, il apprend l’architecture à Stuttgart au contact de l’architecte des ducs de Wurtemberg Georg Beer (mort en 1600). Remarqué par le duc Frédéric, il intervient dans la plupart des réalisations de ce prince grand bâtisseur : fondation de la Neuveville de Montbéliard, l’actuel faubourg de Besançon (1598), de la ville de Freudenstadt (1599), aménagement de la place Schiller à Stuttgart, construction d’églises luthériennes (Saint-Martin à Montbéliard, Freudenstadt), de palais (Neuer Bau, Prinzenbau à Stuttgart), projets de châteaux (Calw, Backnang).

C’est en outre un technicien doué, « le Léonard Souabe », qui fait progresser l’industrie du sel et dote les Etats wurtembergeois de remarquables installations hydrauliques. En 1598 et 1599, il accomplit deux voyages en Italie, le second comme membre de la suite ducale (il en publiera le récit en 1602). Promu architecte ducal en 1608 par le duc Jean-Frédéric, Schickhardt continue à déployer une activité soutenue, dont il décrit le détail dans son Inventarium (1632). Il meurt assassiné pendant la guerre de Trente Ans.


Que reste-t-il de son œuvre dans le Pays de Montbéliard ?

 

Malgré les nombreuses destructions dues aux guerres, aux calamités naturelles, à la vétusté, aux progrès techniques, l’œuvre de l’architecte wurtembergeois reste très présente, à Montbéliard principalement.

- Les vestiges architecturaux et urbanistiques

Ils sont intégrés dans un circuit urbain intitulé « Schickhardt et son temps ».Ce sont :

 L’église luthérienne (ou temple) Saint-Martin. Construite de 1601 à 1607, elle s'inspire de l’architecture italienne du cinquecento (ordre colossal toscan) et de la basilique antique vitruvienne dont elle adopte le plan et le rythme.

 Le logis des gentilshommes (ou hôtel du Bailli) au château (1595-1597). Antérieur aux voyages en Italie, l’édifice est caractéristique de la Renaissance souabe.

 La machine hydraulique, édifiée en 1595 alimentait le château en eau. Il n’en subsiste que le puits en contrebas, et deux conduits verticaux qui abritaient les tuyaux.

 La Souaberie : ferme modèle tenue par des agriculteurs souabes. Schickhardt participa à sa construction de 1599 à 1602. Seul vestige, le corps de logis

 Le collège universitaire : construit de 1598 à 1607 sur le modèle du collegium illustre de Tübingen. Il n’en reste qu’une partie de l’aile nord. Les autres bâtiments ont été rasés lors de la construction de l'église Saint-Maimboeuf.

 Le faubourg de Besançon ou Neuveville : quartier de plan orthogonal, aménagé de 1598 à 1608.


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Bibliographie

Publications de la Société d’Emulation de Montbéliard :

Articles (tirés à part disponibles)

STEIN Wolfgang Hans :
- La première carte du Pays de Montbéliard : la carte d’Heinrich Schickhardt, 1616, SEM, n° 100, 1977, p.17 à 28.
BOUVARD André :
- La vie et l’œuvre d’H. Schickhardt, SEM, n°104, 1981, p. 61 à 79.
- Heinrich Schickhardt, technicien des salines. Techniques de fabrication du sel vers 1600. Les salines de Saulnot et de Salins à la fin du XVIe siècle, SEM, n° 106, 1983, p. 55 à 115.
- L’architecte Heinrich Schickhardt à Montbéliard. La construction du temple Saint-Martin à Montbéliard, SEM, n° 109, p. 303 à 390.
- Les économies de bois de chauffage dans les salines européennes à la fin du XVIe et au début du XVIIe siècle, SEM, n° 111, 1988, p. 255 à 307.
- Un ingénieur à Montbéliard. Heinrich Schickhardt, dessins et réalisations techniques, SEM, n° 123, p. 1 à 92.
- L’ingéniaire et le Baumestre, une rivalité d’architectes à Montbéliard à la fin du XVIe siècle (bilingue), SEM, n° 125, 2003, p. 385 à 408.
DELETANG Céline
- Heinrich Schickhardt et la Neuveville de Montbélaird SEM, n° 128, 2005

Hors série bilingues

SCHICKHARDT H.,
- Carte de Montbéliard. Landtafel von Mompelgard, Montbéliard : SEM, 1997
Voyage en Italie. Reiss in Italien (Novembre 1599-Mai 1600), Montbéliard : SEM, 2002

Autres publications :

GAUTHIER Jules,
L’architecte wurtembergeois Henri Schickhardt et ses travaux au Pays de Montbéliard, Mémoires de l’Académie des Sciences, Belles Lettres et Arts de Besançon, 1894, p. 237-252.
LORENZ Sönke, SETZLER Wilfried (dir.),
Heinrich Schickhardt, Baumeister der Renaissance. Maître d’oeuvre de la Renaissance, Stuttgart : DRW, 1999 (ouvrage bilingue).
BOUVARD André,
L’église luthérienne Saint-Martin à Montbéliard 1601-2001, Montbéliard : Atelier du Patrimoine, 2001 (résumés en allemand).
SCHMITT Christine, BOUVARD André,
Aventures du XVIe siècle à travers l’itinéraire d’Heinrich Schickhardt, architecte montbéliardais, Service éducatif des archives municipales de Montbéliard, pochette pédagogique n° 21, 2001.

Revue bilingue Eine Brücke de l’Itinéraire culturel européen Heinrich Schickhardt.


Vidéo : La ville d'Herrenberg Bad-Wurtemberg - ville natale d'Heinrich Schickhardt


 

Herrenberg - ville natale de Schickhardt

Au 15 de la rue de Tübingen à Herrenberg se tenait la maison de la famille Schickhardt. Heinrich Schickhardt l’Ancien, le maître qui créa la stalle de l’église d’Herrenberg, l’avait acquise en 1512. C’est là qu’est né en 1558 son petit-fils, Heinrich Schickhardt le Jeune, le grand architecte de la Renaissance. La maison fut totalement détruite dans le dernier incendie de la ville en 1635, l’année de la mort de Heinrich Schickhardt. Le bâtiment actuel, tout comme l’ensemble de la vieille ville tel qu’il se présente aujourd’hui, fut réalisé dans le cadre de la reconstruction de la ville après ce grand incendie.

Avec son ensemble entièrement conservé de fières maisons à colombages, Herrenberg est considérée comme une des plus belles villes à maisons à colombages du Bade-Wurtemberg. La place du marché et sa fontaine, la mairie, les nombreuses maisons à colombages, les ruelles et les escaliers étroits, les arrières-cours cachées et un grand nombre de fontaines donnent à la ville un charme moyenâgeux marquant. Depuis 1983 la vieille ville est classée comme patrimoine historique.

Heinrich Schickhardt resta sa vie durant attaché en pensée à sa ville natale d’Herrenberg.